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Il aura été bien difficile d'écrire au fur et à mesure

Irlande , août 2019


Il aura été bien difficile d’écrire au fur et à mesure ce dernier mois, parce que parfois il n’y a pas de fur et à mesure. Parfois tout vous arrive, et c’est comme ça ; on se remplit et on se vide, comme d’étranges marées. Et on n’y comprend plus grand-chose.
Et l’on remonte alors le fil de ses souvenirs et la chronologie n’a plus d’importance, on l’a fait, on l’a vécu et on y a survécu.


De toute façon, comme je disais à Marieke il y a quelques jours, « Marieke, je ne suis plus étanche ». À rien.

Plus étanche à la pluie, plus étanche au vent, au froid de ce gris mois d’été.
Quatre semaines de pluies quotidiennes, au pluriel, seront venues à bout de mon waterproof, ma peau n’est plus un manteau, mais un gros pull imbibé d’eau.

Plus étanche non plus à la moindre émotion que chaque tournée de Pianocean vient exacerber de son rythme incessant.

Tous ces « au revoir » qu’on essaie de ne pas dire, tous ces « à plus tard » qui parfois traînent trop. Plus étanche du tout...

Et je ne suis pas la seule.


Mais j’essaie, non, je le sens bien, je ne veux pas, je ne peux pas laisser s’échapper quelques belles histoires, quelques jours précieux passés à vagabonder dans la lande violette, où la bruyère vient doucement vous dire les saisons qui passent.


Il y a tellement d’histoires, ici, maintenant, vécues, comment faire pour les partager… 
Peut-être n’est-ce simplement pas possible, ou alors, faisons comme un cadavre exquis et délicieux, disons des mots, des couleurs, qu’importe que tout s’embrouille, qu’importe que les émotions se mélangent, après tout, les couleurs d’une toile cohabitent-elles bien ensemble… Disons un peu de ces choses-là qui ne se disent peut-être qu’autour d’une pinte de Guinness partagée, quand il se fait tard et que la ville peine à s’endormir sous cette jeunesse qui voudrait ne jamais fermer les yeux, comme pour dire « on verra plus tard », plus tard pour le bilan, plus tard pour les comptes, et tiens « ressers-moi en une », on verra plus tard pour l’addition.


Il y a Caro qui a 25 ans et qui part toute seule naviguer sur son petit bateau et dont le sourire fait flancher le cœur ; il y a Brian, le maître du port, avec sa belle chemise blanche et son pantalon de monsieur sérieux et qui pourtant vous tape dans le dos à la fin de la journée en vous tendant une bière et qui vous chante une chanson avec la voix d’une promesse, ronde, chaude ; il y a Déméter , 14 ans, qui se pose des questions sur l’amour et sur son prix et que moi j’aime, tout simplement ; il y a mon frère qui court partout pour filmer et qui se souvient aussi de ses 20 ans dans cette ville d’éternelle jeunesse, d’éternelle fête et de rencontres qui changent la vie ; il y a l’odeur de la tourbe qui vient toujours d’on ne sait où il y a ce petit bonhomme de un an qui met un pas devant l’autre sans savoir tous les autres qui suivront et qui avance, les mains bien en avant, en babillant une histoire mystérieuse ; il y a la fatigue des jours en ville, les magasins trop nombreux, les gens sur leurs téléphones comme un enfant tient son doudou, pour avoir toujours quelque chose dans les mains, pour ne pas sentir le vent qui vous remplit les paumes et les oreilles, qui vient, à l’horizontale, plier les arbres, courber le dos ; il y a cette foutue lumière, à n’y jamais rien comprendre, qui passe d’un « noir je te tombe dessus » à un « doré viens par là je t’enveloppe ».


Il y a ce bon vieux chat que j’aime tant, que je regarde ne rien faire ou si peu, plisser doucement les yeux sous les rares rayons de soleil et humer l’air de quelques promesses poissonneuses ; il y a…

Il y a mon amie qui chante encore et encore toutes ces histoires, tous ses amis, parfois déjà partis et toujours trop tôt, toutes ces promesses qu’on essaie de tenir, même si on ne peut pas toujours ;
Il y a bien une fin dans les chansons, peut-être d’ailleurs pour avoir le plaisir de les chanter encore.
Il y a, il y a...






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© 2017 by Anne-Lise Le Pellec.  Artiste / photographe       

 

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