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Bêtise de tempête froide et autres racontars

  • lilychkaya
  • 14 févr. 2016
  • 3 min de lecture

« On jouait parce que l’Océan est grand, et qu’il fait peur, on jouait pour que les gens ne sentent pas le temps passer, et qu’ils oublient où ils étaient, et qui ils étaient. On jouait pour les faire danser, parce que si tu danses tu ne meurs pas »

A.Barrico

Voilà la scène:

" Ouah Caroline c’est tellement beau ici! Tu as vu les reflets? En plus c’est une rivière et je vois le fond, y’a vraiment pas beaucoup d’eau, j’ai envie de danser dedans. "

Je règle tout, pour que tout soit prêt, car dans mes infinies fantasmes de petite fille qui veut, donc peut , danser dans l’eau fraîche des fjords islandais ; je sais bien, au fond et pas que, que l’eau va être froide, et je ne pense donc pas rester plus de cinq minutes. Alors je prépare tout….il fait moins 8°, une légère brise souffle… il faut donc faire vite, car ça pique, surtout déshabillée comme ça, surtout sans chaussure, surtout dans l’eau….

Et là: Allez on compte et à la une, à la deux, à la trois, c’est partie pour la grâce… " Putain Carooooo c’est froiiiid!!!!! haaaaaa, putain Caro je m’enfonce, c’est de la vase, et merde, je m’enfonce grave, je vais rester bloquée, haaa il faut que je danse, haaa, j’y arrive pas, je sens plus mes pieds! "

Le froid est tellement saisissant que je sais au moment où je pose le premier pied dans l’eau que je vais payer très cher le prix exorbitant de cette volonté d’une beauté supposée, d’un moment suspendu, enfin surtout dans ma tête.

Dès les trois premiers pas en avant, je commence à sentir le sol se dérober doucement sous mes pieds, c’est mou, mais je continue, et plus je continue, plus je m’enfonce, la vase est noire, et c’est tellement froid dans cette matière visqueuse, le froid m’enserre les pieds, comme des chaussettes beaucoup trop serrées. Mais je tente de me concentrer et je pense à ma danse, à récupérer mon châle qui traîne dans l’eau, à ma jupe trempée qui vient se coller à mes jambes, et puis là, très vite, j’ai peur. Je sens l’étau autour de mes pieds, je pense au sable mouvant, et à cette putain de grâce qui s’est enfuie dans une réalité, ma foi, prévisible.

Je ressors de cette eau glacée, je ne sens plus mes pieds, j’ai besoin d’aide pour m’extraire, mes pieds me brulent, des milliers d’aiguille si fines que s’en est juste presque insupportable. Une brûlure glacée.

Caroline vient me frotter les pieds pour m’aider, mais là aussi c’est une sensation horrible, mes pieds sont rouges vifs, alors je tape des pieds, je ne sens plus mes orteils, je ne les contrôle plus, « Va-y le sang, reviens! »

Et bien sûr pour fignoler la restitution de cette scène pleine de grâce, et d’une beauté, disons certaine, il y a le bruit du déclencheur qui rythme cette danse vaudevillesque: CLIC, Aïe c’est froid! CLIC, Haaaa je m’enfonce! CLIC, Putain Caro je sens plus mes pieds, CLIC, CLIC….

En tout, avec l’appareil à l’appui qui décompte les secondes, je suis restée dans l’eau 55 secondes….. il me semble pourtant que c’était une éternité.

Quand je suis sortie de l’eau, je me suis complétement déshabillée, mes habits étaient trempés. Il m’a fallu trois minutes pour retourner jusqu’à la voiture, dans ce lapse de temps si court, ma jupe était complètement glacée, comme pétrifiée….instantanément!.

Et là, j’ai pensé à ce qui arrive quand on tombe dans l’eau glacé. Le cœur et nos abats les plus précieux, simplement, pétrifiés.


 
 
 
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© 2017 by Anne-Lise Le Pellec.  Artiste / photographe       

 

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